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LE COTEAU - LORSCH en 3 JOURS
Opération Allemagne 2011

Dans le cadre du jumelage, les clubs de gymnastique de la Jeanne d’Arc du Coteau et de Lorsch dans la Hesse en Allemagne, se reçoivent alternativement une année sur deux. Nous hébergeons régulièrement des gymnastes avec leurs parents et notre fils Jacques s’est rendu plusieurs fois à Lorsch. De réels liens d’amitié se sont créés. En 2010 j’ai fait, avec Sabine et Manfred Gremm, qui habitaient chez nous, le pari hasardeux de me rendre en vélo à Lorsch en trois étapes. La distance en car est de 660 km par l’autoroute. Il ne me restait plus qu’a honorer cet engagement (que les allemands considéraient comme impossible !) lors du pont de l’ascension 2011. L’idée était d’arriver en même temps que le car des français le jeudi à 16h.
Le principe était de rouler en solitaire et en autonomie avec deux nuits en hôtel. Le rythme à tenir est forcément élevé pour arriver à temps le soir. Mes goûts personnels me portent vers la compétition et les raids VTT. J’ai donc tenté de faire le parcours le plus rapidement possible, dans un esprit cyclo-sportif, malgré le sac à dos et la grosse sacoche de selle.
Première étape : Le Coteau – Besançon mardi 31/05/11.
Alors que la France souffre de la sécheresse depuis des semaines, la météo prévoit le passage d’une dépression orageuse suivie d’un fort vent du nord sur les trois jours du voyage. On dirait que tout se met en place pour renforcer les difficultés liées à la distance.
Départ à 5 h 40 du Coteau sous un ciel très chargé. La première partie de 125 km est avalée sans difficulté jusqu’à Chalon-sur-Saône par La Clayette et Charolles à plus de 28 km/h de moyenne. Les problèmes commencent avec l’arrivée d’une pluie glaciale accompagnée d’une bise soutenue. Après une pause déjeuner d’une heure à Seurre dans un restaurant ayant accepté le cycliste ruisselant et transis, direction Dôle sous une pluie tenace. Ce sera la seule vraie pause du voyage car si l‘organisme peut récupérer un peu de calories, la perte de temps est trop importante. La suite sera faite de sandwichs et de thé rapide, voire de roulage non stop.
Mon itinéraire empruntait initialement des petites routes, il est vite apparu que la recherche des itinéraires sous la pluie (il est difficile de lire une carte trempée que le vent secoue) était une perte de temps. J’ai donc souvent suivi les routes nationales avec ce que cela comporte : bas côtés défoncés, camions incessants qui doublent dans des gerbes d’eau boueuse, arrivée dans les villes par des voies rapides et des zones commerciales glauques.
Je suis surpris par ma fraicheur physique, les bosses sont franchies sans problème malgré la charge. Par ailleurs, les 120 km de raid VTT du week-end précédent ne se ressentent pas trop dans les jambes. L’entrainement que je me suis imposé pendant 5 mois porte ses fruits.
L’entrée dans Besançon est difficile car la pluie redouble et je dois chercher ma route dans les embouteillages. Mon hôtel est perdu dans les méandres du Doubs et je grelotte en demandant mon chemin. Moment de solitude lorsque j’arrive enfin à 16 h 30 devant l’hôtel… qui est fermé ! Les sueurs froides se rajoutent à la pluie. Un cuisinier arrive enfin à 17 h pour m’ouvrir. Un thé brûlant, une douche chaude, une lessive dans le lavabo et je décore ma chambre avec de drôles de guirlandes aux couleurs du Guidon d’Or Costellois.
Mon vélo est méconnaissable et son compteur indique 260 km et 26.5 de moyenne. Le seul remerciement qu’il recevra sera un peu d’huile sur la chaine : une fois n’est pas coutume. Le thermomètre de l’hôtel indique 10 °C.
Seconde étape : Besançon – Strasbourg mercredi 01/06/11.
La météo de la veille prévoyait une limite des orages positionnée au sud du Jura et surtout un vent très fort du nord. De quoi me faire douter du caractère réalisable de l’étape de 250 km du lendemain avant de m’endormir, mais au moins je serais au sec… La seconde prévision était juste. Mais pas la première ! A 5 h du matin, je me suis pris à rêver que le glougloutement venait de la VMC : en fait c’était la pluie qui faisait déborder les chenaux !
Départ à 6 h du matin après avoir enfilé les vêtements encore humides et avalé un sandwich mou de la veille. Tout est sombre malgré les lunettes jaunes et la pluie ruisselle sur mon sac, le rendant de plus en plus lourd. Le vent fait de jolies risées sur le Doubs. Personne. Je découvre qu’il y a une voie verte européenne le long du fleuve, je l’emprunte à plusieurs reprises malgré les zigzags entre les barrières et les gravillons. Au moins, ça me repose des camions. Le coin doit être très sympa l’été, avec des hollandaises en mini short sur des vélos noirs et droits mais pour l’instant ce sera plutôt régime pieds glacés et doigts engourdis…
Un peu avant Montbéliard, je sors des gorges du Doubs en direction de Belfort. De grosses montées dans lesquelles je suis content d’avoir un triple plateau. La pluie est devenue bruine mais le vent du nord est de plus en plus fort. Mon compteur, lassé des gerbes d’eau balancées par les camions, a rendu l’âme. Il indique encore 26 km/h de moyenne. Par la suite, je me fie aux indications des panneaux pour calculer les distances. Le compteur me manque car les chiffres qui défilent tiennent compagnie et permettent de se réconforter : «… je viens de faire le dixième, le quart, la moitié du parcours… » Je sors de la Haute-Saône avec ses montées qui cassent les jambes et ne protègent pas du vent. La traversée de Belfort est un calvaire car je ne peux pas prendre la voie rapide. Je navigue à l’instinct dans les faubourgs mais ces pertes de temps m’agacent.
La vallée du Rhin s’ouvre enfin mais le vent souffle de plus en plus fort. Il me reste 112 km à faire lorsque je m’arrête à 13 h boire un thé à Cernay. Des gens de la DDE qui mangent là me disent, avec un mélange d’incrédulité et d’amusement, que je n’arriverai jamais à Strasbourg en vélo car il y a un vent du nord établi entre 50 et 60 km/h le long du Rhin. Je fais le gars sûr de lui mais au fond de moi je sais que ce qui m’attend est terrible et mes genoux douloureux sont d’accord…Je n’ai pour objectif que d’arriver avant 20 h afin de pouvoir manger et récupérer pour l’étape suivante.
Les villages alsaciens s’enchainent tous les 5 à 10 km et je trouve un peu de répit entre les jolies maisons à colombage. Le décompte des kilomètres n’en finit pas. La route est plate et devrait être une partie de plaisir en conditions normales mais le vent est comme un mur qu’il faut pousser, un courant contre lequel on nage. Chaque mètre est gagné sur le 42/18, à la force du jarret. Au début, on a dans la tête des idées qui divertissent, ensuite on ne pense qu’aux chiffres et au voyage : « …encore 80 km… », «…m….j’ai quitté la départementale 468 et j’ai perdu 10 km …». Puis le cerveau se met sur « off », toute l’énergie est monopolisée par le corps qui grignote, à chaque tour de pédale, un peu de goudron vers l’objectif. Comme on creuse un trou immense avec une pelle, comme on gravi une montagne prise après prise : j’avance. La raison m’impose un arrêt toutes les heures pour ne pas dépasser les limites de l’organisme et détendre quelques minutes (cinq, pas plus) les cervicales et les reins martyrisés par la position et l’effort sans relâche. Une étape de montagne permet au moins de mesurer l’ascension, de récupérer dans les descentes et de varier le rythme. Dans mon cas, on ne peut que rester quelques instants en danseuse et le moindre arrêt de pédalage stoppe le vélo et fait louvoyer.
Strasbourg enfin, avec ses jolies filles et ses multiples pistes cyclables. Tout est fait pour le vélo et je trouve mon hôtel au bout de 30 mn en prenant les trottoirs sans que ça dérange personne. Il est 19 h. L’adresse est sympathique avec un bon repas russe : ces gens-là sont aussi têtus que moi et mangent lourd, c’est ce qui me fallait.
Troisième et dernière étape : Strasbourg – Lorsch le 02/06/11.
Je ne peux récupérer mon vélo qu’à sept heures car le local est verrouillé. Ce jeudi de l’Ascension, tout est fermé et c’est avec un américain rencontré la veille que je vais déjeuner au buffet de la gare. Je prends quelques barres chocolatées dans les poches : j’ai bien fait car elles constitueront ma seule alimentation de la journée à venir.
Il fait beau, le vent est toujours du nord mais semble modéré, je n’ai que 160 kms à parcourir. En fait, il n’est pas moins fort que la veille dès que l’on sort de la ville. Bis repetita : on baisse la tête et l’on attend que ça passe ! Un automobiliste s’arrête pour me renseigner en me voyant la carte à la main : c’est un cycliste qui revient du Ventoux où le vent était terrible. J’ai une pensée pour mes collègues dans les Alpilles…Ce brave homme m’indique que le Rhin est longé par une piste cyclable allant de Strasbourg à Baden-Baden. Alléluia ! Je m’engage sur cette autoroute à vélo protégé par une haie de peupliers et par la levée du fleuve. C’est monotone mais confortable. Je m’imagine déjà en avance sur le car des français, attendant tranquillement devant un litre de bière…Le voyage n’avait pas encore révélé toutes ses embûches…
La frontière est franchie sans s’en apercevoir, il me reste 100 km et il est à peine 11 h. Je continue jusqu’à quelques kilomètres de Speyer et là : plus de balisage et de plus en plus de monde au bord du Rhin en cette journée de congé. Je perds la piste cyclable et découvre une particularité de l’Allemagne : ils adorent les voitures et le vélo…mais pas ensemble. Il est quasiment impossible de suivre un itinéraire hors des voies réservées aux vélos. J’ai passé un temps incroyable pour trouver la sortie d’une ville et me diriger vers une autre : les voies rapides et les autoroutes sont les seules équipées de panneaux de direction. Les pistes cyclables forment un réseau complexe autour des villes et ne suivent pas les routes. Un moment, après avoir demandé mon chemin plusieurs fois et tourné dans toute la ville… j’ai pris la voie rapide sur cinq kilomètres et les klaxons allemands ne devaient pas exprimer que des encouragements... La crainte de la « polizie » me fait sauter la glissière et emprunter un chemin de terre sur les dix kilomètres qui me séparaient du pont permettant de traverser le Rhin. En fait, le pont, comme les suivants, est interdit aux vélos ! Un panneau isolé indique en amont l’existence d’un bac à 10 km avec un petit sigle vélo en dessous. Serait-ce la solution ?
Je me retrouve avec des centaines de cyclistes à attendre le bac pour rejoindre l’autre rive. Les allemands sont des milliers en vélo dans cette zone, de tous âges, allant du cyclo-sportif au papy à casquette en passant par le voyageur chargé d’énormes sacoches. Tous ces braves gens circulent le long du Rhin et s’arrêtent boire de kolossales bières dans des gesthauss animées. Le paradis du vélo, sauf pour le cycliste pressé que je suis. J’ai l’impression d’être Phileas Fogg devant surmonter toutes les embûches pour arriver dans les temps. Il fait de plus en plus chaud, le vent est constant et mes interlocuteurs toujours incapables de me donner des informations fiables ! Lassé par ces obstacles, je choisis de ranger mes cartes et de ne me fier qu’à mon instinct de marin et au sens du vent : en remontant de face, j’arriverai forcément à la hauteur de Lorsch !
Enfin un panneau « Lorsch 25 km », il est presque 16 h et j’enrage de rater l’arrivé du car. Encore quelques obstacles et j’enquille les 10 derniers kilomètres à plus de 30 à l’heure en jetant toutes les forces que j’avais en réserve.
Grace à des VTTistes (c’est comme en France : les meilleurs), j’arrive au point de rendez-vous avec les allemands, il est 16 h 45. Ils sont en train de préparer des couronnes de fleurs de bienvenue et me disent avec un grand sourire que les français sont « Koom d’hapitude ! » en retard. Le car arrivera une demi-heure plus tard. Je suis heureux de voir mon fils lever le pouce derrière la vitre du bus.

Approximativement, j’ai fait 700 km en 31 h de selle sur 59 h de voyage. Comte-tenu des avatars, la moyenne globale n’a plus de sens mais ne me semble pas si mauvaise.
Pari gagné, interview par le pigiste local, retrouvailles, amitié et hectolitres de bière. Mais c’est une autre histoire !...
récit et parcours de Michel Zoboli
On attend les photos !!!
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